Paul de Pignol : Dessins et sculptures

 
 

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20/02/2010

le chant sacré de gaïa

Zoe Balthus


10/09/2006

Elle suinte...

Ileana Cornea


03/06/2003

exposition galerie Lillebonne , Nancy

paul de pignol

Elle suinte...

Le principe de la sculpture est différent de celui de la peinture. Volume et forme en trois dimensions, la sculpture rappelle toujours le corps. Le nôtre.
Objet inutile, signifiant toujours quelque chose, elle prend de la place. On lui tourne autour. Sa réalité autre influe sur la nôtre comme un alter ego déroutant. Petite, elle est encore là. Vous avez le dos tourné, vous reculez, elle s’exprime !
Au Musée de Delphes, on est saisis. Des soldats aussi grands qu’une main tendent muscles, livrant bataille contre les centaures… Quelle énergie ! Quelle véracité ! Quelle sculpture !
A en croire Maurice Barres, le philosophe athée que fut Anaxagore pensait que « l’homme est le plus intelligent des animaux parce qu’il a des mains, participant ainsi à l’intelligence universelle. Le rôle de l’intelligence ce n’est pas d’organiser le monde, c’est de le sentir… »
« Le volume, tu n’es pas obligé d’aller le chercher, comme en peinture. Tu l’as entre les mains, tout de suite… », dit Paul de Pignol.

Il vient de la peinture. De cette bonne peinture classique, aux attraits métaphysiques comme chez de Chirico, Stanley Spenser, et Balthus qu’il a beaucoup regardé. Il lui fallait des semaines voir des mois de travail pour arriver à achever une toile. Symbolisant, décrivant, il se mettait à distance. Ce qui le turlupinait à l’époque, c’était le thème à la fois obscur, merveilleux et ludique de l’enfance. Les couleurs aussi. Travaillées, jugées et jaugées elles étaient sourdes, jamais sorties de tube. « La peinture est une activité trop intellectuelle pour moi, » dit–il. Paul de Pignol se met à la sculpture parce qu’il a besoin de vitesse et d’instinct. Pour inciser, il dessine.

Et, de toutes les matières de la statuaire, ce n’est pas la pierre, le bois, le plâtre qu’il affectionne. C’est la cire, le matériau le plus épidermique qui existe. Grasse et malléable elle lui inspire une nouvelle approche du réel. Semblable à l’aveugle qui n’a que le toucher pour décoder les choses, il prend conscience de ressources de cette étonnante activité manuelle. Plus loin que l’enfance, la sculpture lui fait découvrir la vitalité de la substance.
Dès lors, les corps façonnés par lui juchés sur des fines tiges en guise d’appui se développent de l’intérieur par étapes.
Goutte par goutte, la matière gonfle, l’organique l’emporte sur l’anthropomorphique. C’est une sculpture qui a l’air en devenir aussi naturellement que la sécrétion qui exsude de certains végétaux. Elle suinte.
Dans la série des « Venus callipyges », des volumes naissent de volumes amples et ronds. Il les appelle les Gaïa.
Dans celle des corps étirés, les gouttes par gouttes montent leur silhouette vers la belle verticalité d’une cathédrale gothique.

Tous les corps modelés par Paul de Pignol paraissent être le temps suspendu mimant le passage d’un état à un autre… En dessous leurs boursouflures, on imagine la sève qui grouille prête à passer du néant au visible. Comme la résine perçant l’écorce du sapin, les boules de pollen accrochées à la pâte des abeilles butinant, une énergie est sur le point d’éclater. Que cela soit les bourgeons des arbres au printemps ou les boutons de fièvre sur le visage d’un jeune adolescent, les extrêmes se touchent. A croire que toute existence dans l’univers est un laboratoire de pharmacie, événements en incubation, poisons et remèdes travaillant de concert dans une extraordinaire agitation agnostique… L’artiste arrête là la forme. Succède le polissage.
Une véritable conception de la vie est dite à travers cette sculpture. Elle est proche du remous de la nature, de la pulsion.

Paul de Pignol, l’homme des profondeurs, des corps retournés de l’intérieur vers l’extérieur, malgré son penchant pour l’effervescence baroque, aime la belle proportion, reste Grec.

Ileana Cornea
(10/09/2006)